'I felt exposed and betrayed': did an acclaimed novelist take someone else's life story without permission?

'I felt exposed and betrayed': did an acclaimed novelist take someone else's life story without permission?

Chaque mois de novembre, les grandes figures de la littĂ©rature française se rĂ©unissent dans la salle Ă  l’étage d’un restaurant parisien classique pour choisir le meilleur roman de l’annĂ©e. La cĂ©rĂ©monie est formelle et imprĂ©gnĂ©e de tradition, jusqu’au menu du restaurant composĂ© de plats intemporels comme les bouchĂ©es Ă  la reine et le foie gras sur toast. Sur les photos du jury, les membres portent des costumes sombres, chacun ayant quatre verres de vin Ă  sa place.

Remporter le prix Goncourt, comme on l’appelle, peut assurer Ă  un Ă©crivain une place au panthĂ©on de la littĂ©rature mondiale, rejoignant une lignĂ©e qui inclut Marcel Proust et Simone de Beauvoir. Le prix apporte Ă©galement des rĂ©compenses financiĂšres significatives. En tant que rĂ©compense la plus prestigieuse de la littĂ©rature française, le Goncourt garantit une mise en avant dans les vitrines des librairies, des cessions de droits Ă  l’international et un prestige durable. Selon une estimation, le laurĂ©at rĂ©alise prĂšs d’un million d’euros de ventes dans les semaines qui suivent.

En novembre 2024, l’AcadĂ©mie Goncourt a dĂ©cernĂ© le prix Ă  un roman de Kamel Daoud, un cĂ©lĂšbre Ă©crivain algĂ©rien vivant en France. Sa victoire est survenue Ă  un moment tendu entre la France et son ancienne colonie. Leur relation dĂ©jĂ  difficile avait Ă©tĂ© mise Ă  rude Ă©preuve par la rĂ©pression politique croissante en AlgĂ©rie et par l’implication de la France dans le diffĂ©rend entre l’AlgĂ©rie et le Maroc au sujet du Sahara occidental. (La France a pris parti pour le Maroc, qui revendique la souverainetĂ© sur ce territoire, tandis que l’AlgĂ©rie a soutenu les mouvements indĂ©pendantistes.)

La carriĂšre de Daoud elle-mĂȘme a Ă©tĂ© façonnĂ©e par cette histoire conflictuelle. Bien que star littĂ©raire dans les deux pays depuis longtemps, il a dĂ©mĂ©nagĂ© en France en 2023, affirmant ne plus pouvoir « Ă©crire ou respirer » en AlgĂ©rie. Son Ă©diteur français, Gallimard – l’un des plus grands de France – s’est vu interdire l’accĂšs au Salon du livre d’Alger en 2024 sans explication, bien que beaucoup aient soupçonnĂ© que c’était parce que Gallimard avait publiĂ© le dernier roman de Daoud, **Houris**.

**Houris** aborde un sujet longtemps controversĂ© : la guerre civile algĂ©rienne, connue sous le nom de « dĂ©cennie noire », un conflit brutal entre le gouvernement et des groupes islamistes armĂ©s tout au long des annĂ©es 1990. Les estimations du nombre de morts varient, certaines allant jusqu’à 200 000. Des civils ont Ă©tĂ© massacrĂ©s Ă  travers le pays, des atrocitĂ©s souvent revendiquĂ©es plus tard par des groupes islamistes.

Cette pĂ©riode reste dĂ©licate Ă  Ă©voquer. En 1999, une loi a offert une clĂ©mence juridique aux combattants islamistes qui dĂ©posaient les armes. En 2005, l’AlgĂ©rie a adoptĂ© une loi de rĂ©conciliation plus large Ă©tendant l’amnistie. Mais contrairement Ă  des lois similaires ailleurs, qui exigent souvent une forme de responsabilitĂ©, celle-ci « permet un oubli officiel, sans aucune rĂ©flexion sur les actions de l’un ou l’autre camp », comme l’a expliquĂ© un historien. « Les bourreaux sont simplement rentrĂ©s chez eux. »

La loi de rĂ©conciliation est formulĂ©e en des termes gĂ©nĂ©raux, rendant illĂ©gal « d’utiliser ou d’exploiter les blessures de la tragĂ©die nationale pour porter atteinte aux institutions de la RĂ©publique algĂ©rienne dĂ©mocratique et populaire, affaiblir l’État, nuire Ă  la rĂ©putation de tous ses agents qui l’ont servie avec dignitĂ©, ou ternir l’image de l’AlgĂ©rie sur le plan international. » La dĂ©cennie noire n’est toujours pas enseignĂ©e dans les Ă©coles algĂ©riennes. Dans des interviews Ă  propos de son roman, Daoud a soulignĂ© la portĂ©e Ă©tendue de cette loi. La guerre civile, a-t-il dit, est « un sujet tabou qu’on ne peut mĂȘme pas Ă©voquer ».

**Houris**, qui n’a pas Ă©tĂ© publiĂ© en AlgĂ©rie, raconte l’histoire de la guerre Ă  travers une femme de 26 ans nommĂ©e Fajr, ou Aube. Enfant, elle a survĂ©cu Ă  un massacre Ă  Had Chekala, un village oĂč un vĂ©ritable massacre a eu lieu en janvier 1998. Dans le roman, des terroristes tuent la famille d’Aube et lui tranchent la gorge avec un couteau. L’attaque lui laisse une large cicatrice sur le cou – ce qu’elle appelle son « sourire ». Pour respirer, elle a subi une trachĂ©otomie, une intervention qui ouvre le cou pour accĂ©der Ă  la trachĂ©e. Elle porte une canule, parfois cachĂ©e par un foulard. « Je choisis toujours un tissu rare et cher », dit-elle. Mais ses blessures font que, vingt ans plus tard, sa voix est Ă  peine audible. Pour elle, la cicatrice est une marque de l’histoire. Beaucoup veulent oublier. « Je suis la vraie trace, le signe le plus solide de tout ce que nous avons vĂ©cu pendant dix ans en AlgĂ©rie », dit-elle.

Le livre s’ouvre en 2018, avec Aube enceinte d’une fille qu’elle appelle sa houri – un nom dĂ©signant une vierge du paradis dans la tradition musulmane. Envisageant un avortement, elle retourne sur le lieu d’un massacre. Le roman se dĂ©roule comme un monologue intĂ©rieur entre Aube et son enfant Ă  naĂźtre, interrompu par l’arrivĂ©e d’AĂŻssa, un homme qui a collectĂ© des histoires de la guerre civile et les raconte comme une encyclopĂ©die humaine. Il parle longuement de la guerre civile algĂ©rienne et explique pourquoi elle reste une partie controversĂ©e de l’hĂ©ritage du pays. « Il n’y a pas de livres, pas de films, pas de tĂ©moins pour 200 000 morts. Le silence ! » dit-il. Les jurĂ©s du Goncourt ont saluĂ© Daoud pour avoir donnĂ© « voix Ă  la souffrance liĂ©e Ă  une pĂ©riode sombre de l’histoire de l’AlgĂ©rie, particuliĂšrement celle des femmes ».

Onze jours aprĂšs la cĂ©rĂ©monie du Goncourt, une femme est apparue dans une Ă©mission d’information algĂ©rienne. Elle portait une chemise Ă  rayures bleues et blanches, ses longs cheveux attachĂ©s en chignon, laissant son cou visible ainsi qu’un appareil respiratoire et une canule. Elle s’est prĂ©sentĂ©e comme SaĂąda Arbane, 30 ans, et a affirmĂ© que Daoud avait volĂ© ses donnĂ©es personnelles pour son roman Ă  succĂšs. « C’est ma vie personnelle, mon histoire. Je suis la seule Ă  devoir dĂ©cider comment elle est rendue publique », a-t-elle dĂ©clarĂ©. Pendant 25 ans, a-t-elle expliquĂ©, « j’ai cachĂ© mon histoire, j’ai cachĂ© mon visage. Je ne veux pas qu’on me montre du doigt. » Mais Arbane a dit s’ĂȘtre confiĂ©e Ă  sa psychiatre, lui racontant tout sans filtre ni tabous. Cette psychiatre Ă©tait l’épouse de Kamel Daoud.

Arbane poursuit maintenant Daoud en justice en AlgĂ©rie et en France, avec des affaires distinctes prĂ©sentant sa position sous deux angles. En AlgĂ©rie, son affaire se concentre sur des dossiers mĂ©dicaux qu’elle affirme avoir Ă©tĂ© volĂ©s dans un hĂŽpital d’Oran et utilisĂ©s comme matĂ©riel de recherche pour le livre de Daoud. En France, elle poursuit Daoud et son Ă©diteur Gallimard pour atteinte Ă  la vie privĂ©e et diffamation.

Daoud affirme que ces allĂ©gations sont sans fondement, dĂ©clarant que son travail s’inspire de nombreuses histoires de la « dĂ©cennie noire » algĂ©rienne. Il soutient qu’Arbane n’est pas la vĂ©ritable force derriĂšre les poursuites, mais qu’elles font partie d’un effort plus large du gouvernement algĂ©rien pour rĂ©duire au silence les critiques Ă©minents du rĂ©gime.

En France, oĂč les nouvelles concernant l’AlgĂ©rie sont suivies de prĂšs, les affaires se sont mĂȘlĂ©es Ă  des questions plus larges sur l’histoire, le colonialisme et les relations internationales. Un titre a ainsi annoncĂ© : « Kamel Daoud, de l’“atteinte Ă  la vie privĂ©e” Ă  la bataille diplomatique franco-algĂ©rienne ». La bataille juridique implique des personnalitĂ©s politiques notables : Arbane est reprĂ©sentĂ©e par l’éminent avocat des droits de l’homme William Bourdon et son associĂ©e Lily Ravon, tandis que l’avocate de Daoud, Jacqueline Laffont-HaĂŻk, a rĂ©cemment dĂ©fendu l’ancien prĂ©sident français Nicolas Sarkozy.

L’affaire contre Daoud touche Ă  de nombreuses questions qui hantent le monde littĂ©raire : À qui appartient une histoire ? Est-il acceptable d’utiliser l’histoire d’une autre personne pour un gain personnel ? La rĂ©ponse change-t-elle lorsque l’une est un homme et l’autre une femme, ou lorsque l’un est cĂ©lĂšbre et l’autre une victime presque rĂ©duite au silence par un traumatisme ?

Mais plus je creusais pour comprendre ce qui s’était rĂ©ellement passĂ©, plus la question semblait s’élargir. La dĂ©fense de Daoud repose sur sa persĂ©cution par l’État algĂ©rien. Pourtant, quel type de comportement la persĂ©cution peut-elle justifier ?

Daoud est l’écrivain algĂ©rien le plus connu. Son Ɠuvre a Ă©tĂ© traduite en 35 langues, et il Ă©crit rĂ©guliĂšrement pour des mĂ©dias français sur l’AlgĂ©rie et l’actualitĂ©. Un critique l’a dĂ©crit comme « un penseur brillant, voire Ă©blouissant ». ÉlevĂ© par ses grands-parents dans la petite ville algĂ©rienne de Mesra tandis que son pĂšre, policier, travaillait dans diverses rĂ©gions du pays, Daoud a Ă©tĂ© attirĂ© par l’islam Ă  l’adolescence. Il Ă©tait islamiste mais a quittĂ© le mouvement Ă  18 ans. « À un moment donnĂ©, je n’ai plus rien ressenti », a-t-il dĂ©clarĂ© plus tard au New York Times. Au dĂ©but de la vingtaine, il s’est tournĂ© vers le journalisme, couvrant la guerre civile algĂ©rienne. En 1998, il a rapportĂ© le massacre de Had Chekala, l’un des plusieurs villages oĂč des centaines de personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es par des forces islamistes pendant le Ramadan. Deux ans plus tard, il a commencĂ© sa propre chronique dans Le Quotidien d’Oran, le journal francophone de la ville cĂŽtiĂšre d’Oran. Elle s’intitulait « RaĂŻna raĂŻkoum », signifiant approximativement « Mon opinion, votre opinion ». Il a commencĂ© Ă  Ă©crire de la fiction courte, et dans les annĂ©es 2000, il a Ă©tĂ© acclamĂ© pour ses courts livres et recueils de nouvelles. « Il Ă©tait trĂšs cĂ©lĂšbre », dit Sofiane Hadjadj, son ancien Ă©diteur Ă  la maison d’édition algĂ©rienne Barzakh.

En 2010, Daoud a Ă©crit une chronique pour Le Monde dans laquelle il rĂ©imaginait l’histoire de l’Arabe anonyme assassinĂ© dans le roman existentialiste d’Albert Camus, **L’Étranger**. Il a Ă©crit du point de vue du frĂšre de la victime, rĂ©pondant Ă  l’histoire racontĂ©e par le protagoniste du roman, un Français nommĂ© Meursault. La chronique a attirĂ© l’attention de Hadjadj et de ses collĂšgues, qui l’ont encouragĂ© Ă  en faire un roman. Ils l’ont publiĂ© en AlgĂ©rie en 2013.

Lorsque le roman, **Meursault, contre-enquĂȘte**, a Ă©tĂ© republiĂ© en France en 2014, il est devenu une sensation. GrĂące au postulat ingĂ©nieux de Daoud, le roman a permis aux colonisĂ©s de rĂ©pondre aux colonisateurs en rĂ©futant l’une des Ɠuvres littĂ©raires les plus chĂ©ries de la France, elle-mĂȘme Ă©crite par un Français blanc nĂ© en AlgĂ©rie. Le roman offrait Ă©galement une critique complexe du dĂ©veloppement postcolonial de l’AlgĂ©rie. « Le roman de Kamel Daoud, **Meursault, contre-enquĂȘte**, a peut-ĂȘtre attirĂ© plus d’attention internationale que tout autre premier roman ces derniĂšres annĂ©es », a Ă©crit Claire Messud dans la New York Review of Books. Daoud a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une large couverture dans les mĂ©dias anglophones. The Guardian a qualifiĂ© le livre de « classique instantanĂ© », et le New York Times lui a consacrĂ© un long portrait. À Oran, Daoud Ă©tait dĂ©jĂ  une star. Mais aprĂšs la publication de **Meursault**, Hadjadj dit : « Il y a eu une explosion. »

Le succĂšs du roman a donnĂ© Ă  Daoud une visibilitĂ© inhabituelle pour un Ă©crivain. En AlgĂ©rie, un imam l’a accusĂ© d’apostasie aprĂšs une apparition mĂ©diatique oĂč il a questionnĂ© le rĂŽle de la religion dans le monde arabe. Il a Ă©galement pris une place importante dans la culture française, Ă©crivant une chronique depuis l’AlgĂ©rie pour l’hebdomadaire conservateur Le Point, oĂč il donnait son avis sur tout, de l’immigration Ă  #MeToo. Son Ă©criture Ă©tait lyrique, parfois impressionniste, et revenait souvent sur les dangers du fondamentalisme sous toutes ses formes. « Tout mon travail », a-t-il Ă©crit dans une introduction Ă  un recueil de ses chroniques de la derniĂšre dĂ©cennie, « insiste sur un point : “Attention ! Un pays peut se perdre en une minute !” »

InvitĂ© frĂ©quent Ă  la tĂ©lĂ©vision et Ă  la radio, Daoud Ă©tait une voix algĂ©rienne notable dans une culture qui reste souvent mĂ©prisante, et parfois vindicative, envers son ancienne colonie. Lorsque le prĂ©sident Macron a effectuĂ© une visite d’État en AlgĂ©rie en 2022, il a pris le temps de dĂźner avec Daoud.

Alors que l’étoile de Kamel Daoud montait, SaĂąda Arbane cherchait comment surmonter une terrible tragĂ©die. Elle est nĂ©e en 1993 dans une petite ville d’AlgĂ©rie, dans une famille de bergers. En 2000, des terroristes islamistes ont assassinĂ© ses parents et cinq de ses frĂšres et sƓurs. Personne ne sait s’il y avait une motivation Ă  l’attaque contre leur ville ; il est probable que, comme pour beaucoup durant cette pĂ©riode, il n’y en avait aucune. Les terroristes ont tranchĂ© la gorge d’Arbane et l’ont laissĂ©e pour morte. Elle avait six ans.

Arbane a d’abord Ă©tĂ© emmenĂ©e dans un hĂŽpital local, puis transfĂ©rĂ©e Ă  Oran, oĂč elle a passĂ© cinq mois en unitĂ© de soins intensifs pĂ©diatriques. De lĂ , elle a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e en France, oĂč elle a subi une trachĂ©otomie et a Ă©tĂ© Ă©quipĂ©e d’une canule. AprĂšs une telle Ă©preuve, « je ne sais pas si beaucoup seraient encore debout », m’a dit sa tante.

L’une des pĂ©diatres du service de santĂ© algĂ©rien, Zahia Mentouri, a dĂ©cidĂ© d’adopter Arbane. Sa famille adoptive Ă©tait distinguĂ©e : Mentouri avait dirigĂ© des unitĂ©s de soins intensifs pĂ©diatriques Ă  travers le pays et avait briĂšvement Ă©tĂ© ministre de la SantĂ© et des Affaires sociales. Son pĂšre adoptif, Tayeb Chenntouf, Ă©tait un historien algĂ©rien connu qui siĂ©geait Ă  un comitĂ© de l’UNESCO sur l’histoire africaine. Ensemble, ils vivaient Ă  Oran.

Pendant un temps, Arbane ne pouvait consommer que des liquides. Bien que sa famille espĂ©rait qu’une chirurgie lui permettrait de parler plus clairement, il n’a pas Ă©tĂ© possible de reconstruire ses cordes vocales. L’attaque a Ă©galement laissĂ© des cicatrices psychologiques. Un rapport mĂ©dical de 2001, aprĂšs son transfert en France, dĂ©crit comment, au dĂ©but de son sĂ©jour Ă  l’hĂŽpital, ses dessins ne montraient que des plantes entourĂ©es d’épines. Lorsqu’elle a commencĂ© Ă  dessiner des personnes, note le mĂȘme rapport, elles avaient toutes des trachĂ©otomies visibles, couvertes par des foulards. (Le rapport est inclus dans les preuves d’Arbane pour son procĂšs en France.)

Arbane a eu des difficultĂ©s scolaires Ă  Oran. Peu de gens pouvaient la comprendre. Au dĂ©but, elle ne pouvait mĂȘme pas chuchoter. « Tout le monde fixait sa canule », a dit un proche. Ses camarades de classe l’appelaient « Donald Duck » Ă  cause de sa voix cassĂ©e. Encore aujourd’hui, les mots d’Arbane ne sont pas toujours clairs pour ceux qui ne la connaissent pas bien. Pour cet article, je lui ai parlĂ© deux fois via Zoom, son mari faisant office d’interprĂšte, rĂ©pĂ©tant ce qu’elle avait dit.

En grandissant, Arbane n’a presque jamais Ă©voquĂ© ce qui lui Ă©tait arrivĂ©. Elle n’en a pas parlĂ© avec sa famille, m’ont dit plusieurs proches, et ils ne posaient pas de questions non plus. « Être un enfant avec une trachĂ©otomie, parler en chuchotant, tousser par le cou, sĂ©crĂ©ter et essuyer la morve de son cou : j’étais une bĂȘte de foire pour les